Cette page vous présente des histoires courtes, Nouvelles. Elles vous seront offertes par le biais de téléchargements gratuits.
Disponibles en format numérique PDF, elles sauront toucher vos imaginations, vos sensibilités et faire le plein d’émotions !
1 – DE L’AUTRE CÔTÉ DE SA VIE
L’histoire de Nathalie qui décida un jour qu’elle devait devenir mère pour se sentir plus complète. Et Julien, son frère d’adoption, fut l’heureux élu pour ce projet.
Tristement, cet enfant pourtant tant désiré décéda soudain des suites d’une fausse couche. Nathalie fut dévastée et ne voulut plus qu’une seule chose : mourir à son tour. Elles sauta donc du 7ème étage et quitta cette terre. Pour elle allait commencer un tout autre voyage, tellement plus sombre.
On croit souvent que partir est un acte de courage. On imagine la valise que l’on boucle, le billet d’avion serré dans une main moite et la sensation grisante de tout recommencer.
Le matin était froid comme un souvenir qui s’accroche encore au mur. Élisa ferma les rideaux avec une lenteur qui ressemblait à un adieu non formulé, puis alla au lavabo et regarda son visage sans surprise, les traits marqués par les années et les rires forcés. À cinquante-et-un ans, elle connaissait le goût des départs. Pas seulement les voyages, mais les départs qui remettent tout en question: un travail qui s’éteint, un amour qui se fissure, une vie qui se replie sur elle-même et, parfois, décide de prendre l’avion sans prévenir.
Les premiers jours glissèrent dans une douceur trompeuse. Joëlle avait ce premier visage que toutes les promenades du soir avaient promis : celui d’une femme enveloppante, attentive au moindre frisson. Elle guidait Élisa dans la petite ville côtière, lui apprenait le nom des boulangeries, la lenteur des marchés du mardi, et le sens caché des expressions françaises qui sonnaient si étrangères aux oreilles québécoises d’Élisa.
« Ici, on prend le temps d’attendre », disait Joëlle en lui tendant une tasse de thé chaud, posant un baiser distrait mais tendre sur son front.
La nuit qui suivit fut la plus longue depuis le départ du Lac Témiscouata. Élisa ne trouva pas le sommeil.
Allongée dans le lit du séjour, elle écoutait le balancement régulier des vagues au loin. Dans le silence de la nuit, une certitude, lente et inébranlable, finit par s’imposer à elle.
On ne bâtit pas un amour sincère sur le sacrifice de ce que l’on a de plus cher. Accepter de couper le lien avec ses enfants et ses petites-filles pour rassurer Joëlle ne ferait pas d’elle une meilleure compagne ; cela ferait d’elle une femme brisée, amère, fuyant son propre miroir.