Le chant de l’oiseau s’élève et amène avec lui l’espoir.
L’espoir que malgré le froid et la noirceur, le soleil finira bien par faire refleurir ce champ de fleurs. Est-ce un rêve, une illusion, un désir ou bien un cauchemar emballé de papier multicolore?
C’était avant, c’était hier ou il y a mille ans déjà. Un jardin magnifique annonçait la venue de longues saisons printanières.
Un enfant lui tenait la main ou courait dans le pré dont l’herbe verte charmait et dégageait une odeur de bonheur. Cet enfant lui souriait, insaisissable telle une ombre blanche qui se promène, légère et sans souci.
C’était avant… c’était de l’autre côté de sa vie.
De l’autre côté de sa vie, il y avait des rires et des joies, des éclats lumineux et des lustres de magie. Tout un monde entourait cet univers qui tournait selon des heures bien programmées.
Pourtant, on ne programme pas sa vie comme on programme un film sur son enregistreur.
De l’autre côté de sa vie se jouait un film tantôt rose, tantôt gris. Un film dans lequel les acteurs et les actrices lui ressemblaient parfois, presque fidèles copies de son regard et incapables de lui échapper.
De l’autre côté de sa vie l’attendait un autre amour. L’un de ceux qui marque une vie et qui se devait de commencer un jour. En revanche, un départ imprévu devait l’emporter loin.
Avant de partir de l’autre côté de sa vie, un dernier regard d’amertume, de désespoir et presque d’agonie se posait sur un passé récent.
À présent, il y a des parfums de corps calcinés et des cendres éparpillées.
Ce nouvel univers ne ressemble en rien à celui connu jadis. Seule la mémoire de son autre moi torturé l’accompagne.
Cette vie qui lui avait toujours souri semble maintenant lui tourner le dos. Le vent souffle fort et déchaîne la colère de quelques corbeaux qui viennent déchiqueter les chairs.
Pourquoi être là et comment à présent s’échapper de cette caverne lugubre? Il doit bien y avoir une sortie, mais où est-elle?
Marcher à tâtons dans le noir avec si peu de chance de voir un quelconque rayon de lumière est désormais son quotidien.
Vivre ici lui semble impossible et même injuste. Un retour est désiré plus fort que tout ; lui sera-t-il donné la possibilité de tout recommencer?
Il ne subsiste chaque jour que le songe d’une nuit que l’aube fait s’évanouir, ainsi qu’une grande et robuste toile d’araignée qui la maintient prisonnière de ce piège.
Seule demeure la vision de l’artisane de ce filet de malheur qui s’avance. Réussir à fuir, à briser cette toile et à courir telle une gazelle fuyant le chasseur.
Elle s’accroche à l’espoir de pouvoir parvenir à s’enfuir. Espoir pourtant vain et cruel, puisque toute fugue est inconcevable.
Le supplice n’est pas seulement physique, mais tellement plus douloureux. Il offre l’illusion d’une possible évasion, alors que les murs sont trop hauts pour les escalader et trop épais pour creuser un passage à travers eux.
De l’autre côté de sa vie, il y avait la liberté, une existence bien encadrée et des chemins parsemés de roses. Ici, il n’y a que le vide et le néant. Son rire est devenu une plainte et ses cheveux lui collent au front toujours trempé de sueur.
De l’autre côté de sa vie, il n’y a plus rien à voir. Des forces l’habitaient ; maintenant, elles sont devenues d’impuissantes ruines. Péniblement, presque cruellement, il lui faut entendre un rire quasi constant, le rire cristallin et joyeux de cet enfant qui jamais ne sera là.
Tout juste au moment où une accalmie pointe et qu’il n’est plus attendu, il revient rire encore. Tendre les bras à cet enfant pour ensuite le voir s’éloigner toujours plus loin est une agonie.
Un rire qui devient une torture, car cette musique douce joue aussi le bémol de ces éloignements, laissant derrière elle l’écho d’un sombre départ.
Entendre cette mélodie devient insupportable. Vouloir prendre cet enfant et ne pouvoir le toucher est un vrai calvaire.
De l’autre côté de sa vie fleurissent toujours des roses dont les parfums ne montent plus à ses narines. Seules les épines lui griffent la peau.
Combien de temps durera cet emprisonnement? Nul ne sait, puisque le temps lui-même ne semble plus se mesurer. Il s’égrène sur un fil invisible, donc comment le calculer? Tout s’ignore, car même le jour et la nuit se confondent.
L’oiseau ne chante plus et l’espoir a suivi son vol alors que tombe un autre voile sur ses yeux.
Ne plus le voir et ne plus l’entendre lui serait tellement doux. Viendra-t-il des moments de répit? Encore là, nul ne sait. Le seul savoir qui puisse demeurer est celui de son tourment.
Pendant ce temps, de l’autre côté de sa vie, la terre continue de tourner et les gens qui avaient été près de son cœur demeurent entourés d’éclats lumineux et de lustres de magie.